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Chapitre 2: 1971 à 1974. Apogée et Déclin

  • En 1971 et 1972, les progrès de Radio Campus furent considérable. La venue de nouveaux animateurs bénévoles confirmait la réussite de la seule activité de liaison véritable sur un Campus dépourvu de Centre Culturel réel. La station devenait peu à peu une Institution. Cette année-là, un matériel nouveau fit son apparition grâce aux différents crédits culturels répartis entre les Clubs. Parallèlement, la station s'organisait, et Roland Couturier établissait la grille trimestrielle des programmes. Charlie Delbarre assurait l'entretien technique et "Big Boss Christian" apportait les perfectionnements nécessaires : mélangeur à 8 entrées, bips horaires liaisons animation-technique par micro d'ordre, monitoring et présélections d'écoute sur les sources sonores. Deux platines manuelles Lence B.55, également 2 micros de studio et 2 platines de lecture dont une réservée aux cassettes, complétaient la nouvelle installation dans le petit studio au rez-de-chaussée de Bachelard, Pavillon 0.
  • Le courrier ne manqua pas à cette date. Radio Campus se faisait connaître progressivement grâce à sa présence régulière sur les ondes en période universitaire, grâce aussi à la qualité des ses émissions et aux créations libres dans le domaine de la communication radiophonique et des sujets abordés. "Domi" présentait une émission de vieux succès le lundi soir, Roland assurait "Campus-Midi-Musique", Hubert proposait "Vibrations". Cette année- là aussi, la fréquence Go de 1380 m fut abandonnée à la suite des essais provisoires de ALGER chaîne III, et de l'interférence considérable avec RMC - la première touchée par l'initiative de lao Radio Algérienne ne reconnaissant pas la Convention Européenne. Radio Campus changea sa fréquence pour 1180 m GO, tout en poursuivant le service FM à 93 MHZ. Mais cette fréquence de 1180 m allait bientôt plaire également à Alger qui s'en emparait quelques semaines plus tard !
  • Il faut d'ailleurs dire ici que ce n'est pas la seule affaire de fréquence que Radio Campus ait connue : les tests de Radio Caroline sur 389m PO en février 73 - alors que Radio Campus était passé sur PO à 389 en abandonnant 1180m GO - nous obligeaient encore à "glisser" sur 395m PO ! Les techniciens avaient mis 15 jours à repérer la fréquence comme idéale en propagation nocturne (il y avait arrêt en "maintenance porteuse de l'émetteur PO" toutes les heures à H - 3 mn pour tester l'interférence avec les stations éloignées et enregistrer les courbes de fréquence). Mais le "génie de la Mer du Nord", Peter Chicago avait fait son travail de recherche sur le Mi Amigo et aboutissait au même résultat, avec la petite différence des 8 kW de puissance - ce qui donna des émotions à notre Boss un petit matin, alors qu'il rentrait de Maubeuge au volant de sa 2 CV - on peut avoir un autoradio aujourd'hui sur ce type de véhicule... - D'abord surpris, puis flatté de "sa" bonne puissance, il pensa à une "propagation" exceptionnelle, avant de comprendre l'arrivée des tests de Caroline. Le soir même, il voulait "porter plainte" pour usurpation abusive de longueur d'onde !!!.
  • Nos propres puissances étaient bien différentes : 20 watts pour les GO, et 10 watts pour la FM. Les nombreux travaux d'accord des antennes étaient fastidieux, les résultats restant moyens sur le Campus même. Et pourtant ! Une bonne concierge ne nous accusait-elle pas de "brouiller Luxembourg" - comprenez RTL - Tel journaliste de revue radio n'annonçait-il pas que "ces mini-émetteurs, certains jours, avec 3 KW (!!!) étaient parfaitement entendus jusqu'en Hollande !" (référence : Jacques Parrot, Télé 7 jours du 22-28 mars 1997, répondez, SVP !). Déjà la grande presse - si inerte vis-à-vis des sujets peu conformes à la basse vulgarisation- transformait en spectaculaire des informations recueillies on ne sait où ni comment.
  • A Radio Campus, un indicatif définitif fut retenu. "Man of Action" de RNI fut commandé à 55 exemplaires en Hollande, pour le studio et les fans exigeants. Et, chose prévisible, la "radiophonite" étudiante allait tenter d'autres personnes : pendant 15 mois, Radio ABC, à la Résidence Albert Camus, distante de 400 m de Bachelard allait tenter de s'imposer. Guerre froide, malgré des duplex mémorables en cours d'émission et même un programme commun... ABC émettait sur 324m PO et semblait avoir investi une somme importante. L'année universitaire suivante vit sa disparition lente, renforçant en un sens Radio Campus, techniquement plus solide, et dont l'équipe bénéficiait d'une expérience non négligeable dans la création des programmes.
  • 1972-1973 est incontestablement la meilleure année pour Radio Campus. Malgré les vicissitudes des rentrées universitaires (départ des anciens, matériel à réviser, structures à reprendre à zéro, programmes à assurer en demandant la constance, chose parfois étrangère à l'étudiant), la station allait étendre ses programmes en FM et PO à 389m, de 12h à minuit, chaque jour. Trente animateurs se succédaient selon un planning bien composé et varié. Musique française avec Michel Brioul, variété et bonne humeur avec l'incomparable bavard cocasse Patrick accompagné de sa compagne Anne ("l'émission de Timbrés"), la remarquable émission de Sigismond, "Top Campus", qui, grâce à la compétence professionnelle de son producteur donnait à Radio Campus une notoriété régionale en matière de nouveautés de disque, souvent proposées aux auditeurs quelques semaines avant les périphériques belges ou anglaise. De nombreuses soirées dansantes donnait aussi son renom à la station, et plusieurs centaines d'autocollants envahissaient les vitres des voitures de la région lilloise. Cet été-là, et pour la première fois dans son histoire, Radio Campus continue ses émissions en Juillet jusqu'en Septembre, grâce à la mobilisation d'une équipe d'une dizaine d'animateurs. Le fait est à souligner, car pour la première fois aussi, la station s'adressait plus à la région qu'aux étudiants, partis en vacances. Les programmes sortaient nécessairement du schéma étudiant et forçaient les producteurs à évoluer dans la création. On le comprit très bien et trop bien à la Direction Régionale de L'ORTF Lille. La presse y allait pour la première fois de ses grandes colonnes et de ses photos grand format, et la tolérance ignorante se trouvait du même coup compromise. Brutalement, ce fut la SACEM qui se faisait connaître réclamant les arrièrés depuis 1970 sur la programmation musicale...
  • En Octobre-Novembre 1972, la reprise s'annoncait difficile. Des rivalités au sein des Associations apparurent Le 25 mai, vers 14h, un animateur avec la complicité de l'Administration de la Résidence annonçait la fermeture de Radio Campus, contre toute attente... Cela pouvait passer pour un arrêt traditionnel "fin d'année" mais la situation était toute autre. Il faut savoir que le 5 mai, un grand quotidien d'information du Nord faisait paraître, un article de 4 colonnes sur le Festival de la Chanson Québécoise organisé sous chapiteau par Campus en association avec la Maison de la Culture. Maladresse ? Pourquoi avoir donné un texte à diffuser ? Pourquoi surtout laisser apparaître les longueurs d'ondes sur cet article ? "RADIO CAMPUS SORT DE LA CLANDESTINITE..." disait le journal... C'en était fait du silence de tolérance, et l'impact culturel de la station allait être désormais réprimé. Nous nous poserons longtemps la question de savoir jusqu'à quel point une ingérence intérieure n'a pas été réalisée pour saboter l'existence de Radio Campus. En effet, quoi de plus facile dans une association si originale et si respectueuse de la libre créativité au point d'ouvrir l'antenne à l'étudiant qui proposait un projet ou offrait l'assurance d'un service musical sérieux et composé par ses soins ?
  • Mais, la grande masse des étudiants-auditeurs quittait déjà le campus. Tout allait devenir silencieux, l'ignorance allait permettre la fermeture du studio, remplacement des serrures, déménagement du matériel etc. Le 10 août pourtant, un autre quotidien régional annonçait "Devenue Station-Pirate, Radio Campus a du se taire plus tôt que de coutume... LES EMISSIONS POURRONT-ELLES REPRENDRE ?". Et le journaliste de conclure : "La ville nouvelle de Villeneuve d'Ascq doit servir de banc d'essai pour la télédistribution... On peut imaginer que les installations de Radio Campus une fois développées, profiteraient non seulement aux étudiants, mais à la population toute entière...".
  • Le 13 mars 1974, le passé déjà célèbre de la station ne pouvant plus être ignoré, une équipe d'animateurs occupent le studio jour et nuit pendant une semaine environ et il semble que Radio Campus renaisse de ses cendres. Pourtant la station ne peut organiser ni prévoir la rentrée de septembre, le moral est bien atteint et les difficultés et compromissions de tout ordres arrivent nombreuses. En octobre 1974, Radio Campus ne reprendra pas ses émissions. Il est certain que des contacts ont été pris en début des années 1975 avec les autorités diverses. Mais... "l'affaire" Campus concerne l'Education Nationale, le Rectorat, les Présidents d'Université, les Oeuvres Scolaires et Universitaires... Aucun pouvoir institué ne semble vouloir prendre en main le dossier...
  • Radio Campus s'est tue à Lille, probablement pour toujours. Le petit studio de Bachelard n'existe plus, les antennes non plus. D'autres générations d'étudiants passent qui parfois entendent évoquer cette activité qui semble encore aujourd'hui, 3 ans après, marquer une grande époque : celle pendant laquelle on a mieux vécu sur le Campus, celle pendant laquelle des amis se sont trouvés, celle pendant laquelle la Radio inventait une autre communication. Radio Campus a l'immense mérite de montrer encore en ce moment que la communication dépend pas des milliards que certains peuvent investir, mais bien de la solidité d'une équipe bénévole et amoureuse de la création radiophonique. Radio Campus existe toujours pour ceux qui l'ont créé.
  • D'autre part, le 14 juillet 1972, un événement local fut significatif : l'ORTF, à l'occasion de la diffusion d'été des programmes "France-Inter- Vacances" (FIV) venait de lancer dans les régions la version musicale des chaînes actuelles FIL, FIR, FIM, FIBA, alignées sur FIP (Paris 514m&FM). On parlait d'émission "Pirate" à la Direction Régionale en compagnie de MM.Sallebert, Célarié (Nord Picardie), Garette et Codou, patrons de FIP, en parlait de ce "goût des jeunes pour une certaine forme de musique pop..." (presse : 4.7.92). Radio Campus montrait le chemin depuis 3 années, et ce de façon bénévole, non sans un certain succès, non sans une certaine renommée... L'ORTF allait bel et bien autoriser la région lilloise à utiliser l'émetteur de Camphin FM, rayonnant sur 5 départements et audible jusqu'à Paris pour un "décrochage" quotidien et une émission de "pop" prévue initialement de 21h à 24h, et ramenée immédiatement à 60 minutes de 21h à 22h...! Les contacts discrets commencèrent. N'a-t-on pas parlé d'une tentative officielle de faire de Radio Campus un studio-école de l'ORTF-Lille ? Certaines personnes bien informées auraient même compris que l'installation d'émetteurs ORTF à Bachelard permettraient le fonctionnement en qualité de station expérimentale de type ORTF Saint-Quentin sur 202m localement. Toujours est-il qu'avec la fin de l'année scolaire, les problèmes tombaient -providentiellement...!- entre les mains des autorités universitaires, directeurs de Résidence, et Responsables Régionaux de tous ordres, et échappaient -tout aussi providentiellement...- à ceux-là mêmes qui avaient construit la station, l'avaient confortée, développée et entretenue, à savoir, les étudiants et leur public.
  • Pourtant, bien que certains d'entre-nous aient été constamment avertis des problèmes -RADIO CAMPUS VACANCES se poursuivait, non sans indicatifs significatifs quant à l'évolution dans la vie de la station. L'équipe était déterminée à montrer toutes ses possibilités : Guy Massa, Sigismond, Nelson assuraient des dizaines d'heures d'antenne. Le dimanche matin même, des programmes en langues et dialectes africains étaient diffusée pour les étudiants étrangers isolés de leur pays pour de longs mois, et contraints de rester à Lille pendant la durée des vacances universitaires. Il y eut aussi la collaboration des assistants d'Université dès la rentrée pour des débats et exposés face à un public assidu face au studio ou à l'écoute. Nous devons aussi nous souvenir de la venue de François Béranger, de celle de Gilles Vigneau, de celle du Québécois Florent... Il reste de cette année une impression de calme et d'efficacité malgré les difficultés perceptibles, efficacité dans l'organisation, avec comme premier résultat une présence sur les ondes élargie de 07H30 à 23H45 chaque jour de la semaine, excepté le lundi avec la reprise hebdomadaire à 17h. Radio Campus- Ondes Moyennes avait alors porté sa puissance à 200 Watts et était audible en confort d'écoute sérieux à 30 km.
  • En octobre-novembre 1973, la reprise s'annonçait difficile. Des rivalités de tendance au sein des associations de résidents, gestionnaires des Clubs, apparurent. Quel était réellement le statut de Campus ? Sous quel patronage la station devait-elle se trouver ? Le Président de l'association des Résidents de Bacherlard (AS.ET.RE.RA) était-il le "patron" ? Le Big Boss ne l'était-il pas de fait et de droit ? Quel était le rôle du C.R.O.U.S. (Centre Régional des Oeuvres Universitaires et Scolaires, qui attribue les crédits et à qui le matériel en fait appartenait...) ? Autant de questions délicates et difficiles qui n'avaient pas de réponses et à partir desquelles il devenait de plus en plus facile et évident pour les autorités de composer et de jouer. Sur ce point, la cohésion de l'équipe Campus ne fût pas réalisée, mais peut-on et doit-on en vouloir à ceux qui avaient mis toutes leurs forces et toutes leur disponibilité au service de la Radio et voulaient ignorer les querelles et intrigues administratives ? Radio Campus s'étouffait, non pas de par sa propre radio, ce qui est relativement triste, mais bien de par son propre développement et aussi et surtout en raison des coups de poignard cachés qui lui arrivaient maintenant chaque semaine. L'année allait néanmoins se dérouler jusqu'en 1974. Et pourtant, la fermeture brutale du studio en cours d'émission (mai 1973), sonnait pour la première fois une sorte de glas terrible dont la station n'allait pas se remettre en fait que très provisoirement...
  • L'équipe de la station restait et n'oubliait pas les 4 années de construction radiophonique, en dépit de la tentative de récupération opérée en novembre 1974 par la station régionale FR3. Tentative obscure et souterraine, laissant à la majorité de ceux qui y participèrent une sensation confuse où se mêlent encore la déception devant la fade routine et la révolte devant une certaine forme d'incompétence au regard des moyens techniques disponibles. 

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